Langues · Langues romanes

Langues d'oïl

Parlé en : Belgique, France

01. Information sur la langue

Famille

Indo-européenne / Romane

Région

Le picard se parle dans les régions administratives du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie, le normand dans les régions administratives de Haute-Normandie et de Basse-Normandie; le gallo en Bretagne dans la partie septentrionale de la région administrative et en Loire-Atlantique; le poitevin-saintongeais dans la région administrative de Poitou-Charentes et dans le département de la Vendée (région des Pays de la Loire), dans le nord de la Gironde (région Aquitaine); le champenois se parle dans la région administrative de Champagne-Ardenne; le morvandiau, dans le massif du Morvan (parties des départements de la Nièvre, de l'Yonne, de la Côte d'Or, et de la Saône-et-Loire).

Parlé en tant que langue minoritaire en

France Belgique

Si l'on parle de "langues d'oïl", que l'on ne s'y trompe pas. Il ne s'agit pas d'une définition linguistique au sens strict. Simplement, les linguistes de la renaissance ont constaté que sur une partie du domaine royal français, le mot "oui" se disait "oil" (il s'agit d'une ancienne graphie. Le mot doit se prononcer "oui") et dans la partie sud, se disait "oc".

La distinction langues d'oc et langues d'oïl, malgré le fait qu'elle se base sur un critère bien approximatif1, reste valable. Les langues d'oïl appartiennent bien à la même famille linguistique. L'une d'elle, le français de l'Ile de France, est devenu la norme écrite, puis, lentement, orale, dans l'ensemble de la zone concernée.

Marginalisée par leur sœur un peu encombrante, les autres langues d'oïl, comme le picard, le wallon, le gallo, le poitevin-saintongeais, le champenois, etc. après des périodes d'intenses activités littéraires (par exemple, le picard était la norme littéraire du domaine d'oïl, le français ne lui ayant succédé que sur le tard) se trouve souvent repoussée dans le domaine de la stricte oralité.

On assiste pourtant depuis une vingtaine d'années à un renouveau de ces langues grâce à la création littéraire et au théâtre notamment. Fortement dialectalisées y compris au sein de leur propre domaine, l'enjeu de leur survie passe également par la création et/ou la diffusion d'un standard écrit.

1 Après tout, "oui" se dit "ya" en breton (langue celtique) et "ja" en allemand (langue germanique)

Données actualisées et sourcées, vérifiées le 14 octobre 2026 · périmètre : France (picard, Hauts-de-France) ; Belgique (wallon, picard, gaumais, champenois en Wallonie)

Statut

France : la Constitution dispose que « la langue de la République est le français » (art. 2) et que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France » (art. 75-1)5. La France a signé la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires le 7 mai 1999, mais le Conseil constitutionnel a jugé qu'elle comportait des clauses contraires à la Constitution8. La loi n° 2021-641 du 21 mai 2021 inscrit les langues régionales dans le patrimoine linguistique protégé par le Code du patrimoine6 ; le Conseil constitutionnel en a censuré deux articles, sur l'enseignement immersif et sur les signes diacritiques dans l'état civil7.

Picard : la Région Picardie soutenait le picard depuis les années 1990 ; la Région Hauts-de-France, née de la fusion de 2016, a poursuivi cette politique et finance l'Agence régionale de la langue picarde1. Le pacte linguistique signé en 2020 avec le ministère de la Culture engage la Région à soutenir une initiative en faveur du picard équivalente à l'office public prévu pour le flamand occidental2. Dans les représentations, l'ancienne limite entre Picardie et Nord-Pas-de-Calais sépare la « langue picarde » du « ch'ti », plutôt perçu comme un accent1.

Belgique : le décret de la Communauté française du 24 décembre 1990 reconnaît la spécificité linguistique et culturelle des locuteurs des langues régionales endogènes ; ces langues font partie du patrimoine culturel de la Communauté, qui doit en favoriser l'étude scientifique et l'usage3. La Belgique n'a pas signé la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ; la Fédération Wallonie-Bruxelles y est favorable depuis 19924.

Services publics

France : la loi de 2021 permet aux services publics d'afficher des traductions en langue régionale sur les bâtiments publics, les voies, les infrastructures de transport et leurs principaux supports de communication6 ; le Conseil constitutionnel a en revanche jugé contraire à l'article 2 de la Constitution une disposition qui reconnaissait aux particuliers un droit à l'usage d'une autre langue que le français dans leurs relations avec les administrations7.

Belgique : à l'initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles, des communes adhèrent au label « Ma commune dit oui aux langues régionales », assorti d'une charte d'engagements ; le 14 juin 2022, Fosses-la-Ville et treize autres communes l'ont rejoint, et chaque bureau de son administration affiche désormais une phrase en wallon4.

Enseignement

France : la loi de 2021 prévoit que, par convention entre l'État et les régions, la langue régionale soit une matière enseignée dans le cadre de l'horaire normal, afin de la proposer à tous les élèves6. À la suite de cette loi, une circulaire de l'Éducation nationale permet depuis 2021 l'enseignement du picard à l'école, avec l'appui des associations1.

02. Poème

Écouter le poème

Version restaurée (bruit de fond réduit, niveau harmonisé) · 2:02 · Télécharger · original non traité (MP3 44,100 kHz, mono)

Version originale Traduction
Lèy èt mi
Elle et moi (Wallon)
Ène niût, ô mitan d's-ôtes. Li cène qui drouve li lindi 'yèt qui sère li dimègne. A djidjipe su deûs samwènes, dji n' saveu pus dins l' quéle dj'èsteu d'dja ou bén dins l' quéle dj'èsteu co, dji routeu sins djoke. Riglatichant stwèlî, diskurè, firlokes di mwénres takons. Come toudi, dji fyeu 'ne riséye di sèrdjant ôs clotchîs qu'èstît su mès voyes, avou 'ne fèrme èt pèrfonde ôsse di skètér dès « Nom di Dieu », di fé dès crombès djèsses. Çoula, pou qu' tèrtous m’ vèye mô èvi 'yèt qu' tèrtous m’ con'chîje.
Une nuit parmi d'autre, celle qui ouvre le lundi et qui ferme le dimanche. A cheval sur deux semaines, je ne savais plus dans laquelle j’étais déjà ou bien dans celle ou j’étais encore, je cheminais sans cesse. Ciel éblouissant, nettoyé, lambeaux de nuages noirs. Comme d’habitude, je faisais un faux sourire aux clochers qui étaient sur mon chemin, avec une ferme et profonde envie de jurer des « Nom de Dieu », de faire des gestes déplacés. Cela afin que tous me haïssent et que tous me connaissent.
Nâwe, dj'é muchi dins l' rûwe G. Li vîye abitude (quéqu'fîye quénze ou dîs coûtès-anéyes) m'a fét achîr sul pîre d'in-uch di fiêr. Dj'é sokî ètou. Man.nèt rève, sondje di sôléye, du sang tous costès, mwéjès-ârguèdènes qui vos chûv'nut sins rat'na, èmacralès fôs visâdjes, crôsse tchô, tinre suweû qui disgouline èyèt qui spite. Ô plin mitan du r'nôd, dèl tchamagne. Lèy, sès clérs-ouys èyèt pa t't-avô tout, li lûjante pia da l' cène qui m'aveut fé nawêre pèyî di l' ratinde sul pîre d'in-uch di fiêr (i-gn-a quéqu’fîye dîj ou quénze ans). Ci djoû la, èle n'èst nén v'nûwe. Adon, dj'é vikî come in diâle, sins feume, télcôp come in pouvèrteû, come in bribeû, noyi dins l' vén, sintant toufêr li mwés toubac'.
Las, j’ai pénétré dans la rue G. Une vielle habitude (de peut-être quinze ou dix courtes années) m’a fait asseoir sur le seuil d’une porte de fer. J’ai sommeillé aussi. Sale rêve, songerie d’ivrogne, du sang partout, sinistres rengaines qui vous suivent sans cesse, visages hypocrites et ensorcelés, chair grasse, tendre transpiration qui dégouline et qui éclabousse. En plein milieu de la vomissure, de la moisissure. Elle, ses yeux clairs et partout, la peau luisante de celle qui m’avait autrefois suscité tant de désirs à me faire attendre sur le seuil d’une porte de fer (il y a peut-être dix ou quinze ans). Ce jour-là, elle n’est pas venue. Alors, j’ai vécu comme un diable, sans femme, parfois comme un pauvre, comme un mendiant, noyé dans le vin, sentant sans cesse le mauvais tabac.
Qué pléji ! Grandiveûse vîye qui l' mène !
Quel plaisir ! Orgueilleuse vie que la mienne !
Dji m'é rèwèyi, prusti pô freud vint (dji wadje qu'i v'leut m' fé 'ne sésine). Al coupète du stwèlî, nén 'ne sitwèle... Dji m'é astampè, dj'é apici sès triyanantès mwins, dj'é bètchi sès flôwes dwèts a crèkias.
Je me suis réveillé, pétri par un vent froid (je parie qu’il voulait me faire une surprise). Au sommet du ciel, pas une étoile… Je me suis levé, j’ai saisi ses mains tremblantes, j’ai baisé ses pâles doigts ridés.
Nos-avons bagui, moyas, sins côp d'ouy yin pou l'ôte. Dji choûteu l' brût dès-èwîyes di sès solés qui bouchît sul voye a pavès. Ele mi chûveut, li rève aveut 'nn' alè.
Nous avons déménagé, muets, sans un regard l’un pour l’autre. J’entendais le bruit des aiguilles de ses souliers qui frappaient le chemin en pavés. Elle me suivait, le rêve était parti.
C'èsteut lindi.
C’était lundi.
Stéphane QUERTINMONT

03. Description linguistique

Les langues d'oïl, comme le wallon, le picard ou le gallo, appartiennent, comme le français, au groupe d'oïl des langues romanes1. En wallon, la création de mots nouveaux divise depuis des décennies : des dialectologues attachés aux formes traditionnelles s'opposent aux défenseurs d'une orthographe commune, le rifondou walon, qui ont notamment créé un vocabulaire de l'informatique2.

Sources

Le CD de 2003 ne contenait pas de description de cette langue : ce texte a été rédigé pour le site à partir des sources ci-dessous.

  1. Glottolog 5.3 – Walloon, Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology, 2025.
  2. M. Francard, « La création néologique dans les parlers romans de la Wallonie. Une nécessité controversée », Neologica 17, Classiques Garnier, 2023.

04. Dessin animé

Galo: Le Ptit Cousou, conte.
Conte lu sur images (aucun dessin animé trouvé) · 5 min 10 s · chaîne : gallo toucourt · YouTube

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