Langues · Langues romanes

Frioulan

Parlé en : Italie

01. Information sur la langue

Famille

Indo-européenne / Romane

Région

Le frioulan (ou ladin oriental) est parlé dans les provinces d'Udine, Pordenone et dans certaines parties de la province de Gorizia et de Venise.

Son histoire remonte à l'antiquité: né de l'influence du latin sur l'idiome des populations celtes qui habitaient la région, le frioulan fait partie des langues rhéto-romanes - présentes aussi au Tyrol du Sud et en Suisse. Du XIème siècle à 1420, année où le Frioul passe sous la domination de la République de Venise, le Frioul est gouverné par les Patriarches d'Aquileia. Cette langue a su conserver son identité romane au cours des siècles malgré les invasions des peuples germaniques et slaves; et encore de nos jours est profondément enracinée dans la population. Le fait de se trouver à la périphérie nord-est de la péninsule italienne, délimitée par le monde slave et le monde germanique, a favorisé la conservation de traits linguistiques et le développement d'éléments spécifiques. Il existe des textes très anciens en frioulan, qui datent de la fin du XIIème siècle; par ailleurs le Frioul peut se vanter d'avoir une des plus riches et précieuses littératures populaires d'Italie.

Données actualisées et sourcées, vérifiées le 14 octobre 2026 · périmètre : Italie (Frioul-Vénétie Julienne, Vénétie orientale)

Nombre de locuteurs

Selon l'enquête « Tire fûr la lenghe », menée d'avril à juin 2023 par l'IRES FVG et le FEF avec le concours de l'ARLeF (plus de 4 300 entretiens dans 178 communes), le frioulan est parlé activement par 444 000 personnes, soit plus de la moitié des habitants des communes déclarées de langue frioulane du Frioul-Vénétie Julienne et de la Vénétie orientale ; ils sont environ 700 000 en comptant ceux qui le comprennent seulement1. Il est parlé par 40 % des personnes interrogées à Udine, 23 % à Gorizia et 18 % à Pordenone1.

Transmission : 51 % des personnes interrogées indiquent le frioulan comme langue majoritaire de leurs parents, et 44 % le parlent avec leur mère comme avec leur père1.

L'enquête précédente (Université d'Udine, 2014) comptait 600 000 locuteurs dans les provinces de Gorizia, Pordenone et Udine, dont 420 000 réguliers2.

Statut

Le frioulan est protégé par la loi régionale 29/2007 du Frioul-Vénétie Julienne, qui régit notamment son enseignement3. La politique linguistique est conduite par l'agence régionale ARLeF dans le cadre du Plan général de politique linguistique pour la langue frioulane 2021-20251.

Services publics

Selon l'enquête de 2023, l'usage du frioulan doit encore s'affirmer dans les bureaux publics et les relations avec les mairies ; 42 % des personnes interrogées le citent parmi les langues officielles « souhaitables » dans l'administration locale1.

Enseignement

La Région finance l'enseignement du frioulan dans les écoles en application de la loi régionale 29/2007 ; les établissements recourent en priorité aux enseignants inscrits sur une liste régionale de compétences reconnues pour l'enseignement du frioulan3. Près de 70 % des personnes interrogées en 2023 souhaitent une plus grande présence du frioulan à l'école1.

Médias

D'après l'enquête de 2023, le frioulan est surtout utilisé sur les messageries instantanées : une personne sur quatre l'emploie dans ses messages vocaux1.

Divers

En 2023, 52 % des personnes interrogées se disent « très » frioulanes (75 % en incluant « assez ») ; 77 % approuvent l'usage de fonds publics pour soutenir la langue1.

02. Poème

Écouter le poème

Version restaurée (bruit de fond réduit, niveau harmonisé) · 1:02 · Télécharger · original non traité (MP3 44,100 kHz, stéréo)

Version originale Traduction
Autonomie dal spirit
La liberté de l’esprit
S'o cjapais puest sun tune des otante, o passe, corieris che ogni sere, tra lis quatri e lis sîs, ‘e partìssin di Udin e si sparnìzzin par dutis lis stradis dal Friûl, rivant fintremai sui cunfins de “Patrie”, ‘o podaressis visâsi di une cjôse che merte studiade. Al moment de partenze, la plui part de int montade sù ‘e strambolote par talian: un talian straordenari, grîf, pesant, imberdeât, sgramaticât, cun inflessions e cadenzis; un talian cence consonantis doplis e cu lis vocâls strissinadis, cjantadis, slumbriadis; un talian pegri, sudizionôs, malsigûr, fevelât, par solit a mieze vôs. Ma, par òrdin che si slontanisi de “capitâl” e che si làssin pe strade chei dai paîs plui dongje, par ordin che la int ingrumade si srarìs e si comòde su lis sentis, la musiche ‘e va gambiansi.
Si vous empruntez l'un des 80 et quelques bus qui, chaque soir entre 4 et 6, quittent Udine et cheminent le long des routes du Frioul jusqu'aux frontières extrêmes de la "Patria"; vous pourrez être témoins d'un phénomène digne d'intérêt. Au moment du départ, la plupart des passagers marmonne en italien. Un italien, bien étrange pour le coup ; difficile, lourd, maladroit sans grammaire, avec des inflexions et une cadence étranges, un italien qui ne double pas les consonnes et qui traîne, noie et compresse les voyelles ; un italien paresseux et timide, généralement parlé à voix basse. Mais, à mesure que le bus va s'éloigner de la " capitale " et déposer ceux qui habitent dans les villes avoisinantes, les passagers vont lentement, et peut être dans un murmure, commencer à parler le frioulan, un frioulan encore feint et sans saveur, mélangé à de l'italien, appris et contraint.
Si comenze planc planchin a fevelâ par furlan, magari sotvosvìe; un furlan ancjemò svampît e lami, messedât cul talian, studiât e sfuerzât. E co' no rèstin su la coriere altri che i abitanz dai paisùz e cjasai plui lontans, al pâr che a duc’ al sei tornât il flât, ‘e alzin la vôs, 'e discòrin franc e cence sudizion, e no si sint plui une paraule di talian. Il lengaz di cheste int al è un furlan sclet, sigûr, culurît, al è une musiche svereade cun dutis lis ghenghis e lis cjantilenis di ogni paîs, di ogni cjanâl, di ogni localitât. Par cui ch’al à cundizion e gust di chestis robis, chest lengaz al è veramentri interessant, al è une meravèe. Ogni moment ‘e ven fûr une paraule rare, une butade gnove, une plèe dal discors frescje e indivinade, une sclamazion insolite. Chei omenuz, ches feminis, chei fruz che prime, talianant, ‘e parevin ingredeâz tun barazzâr, cumò che cjantin la lôr lenghe ‘e semèin pujeris che corin a brene viarte sun tun prât.
Pourtant, quand les habitants des villes et banlieues les plus éloignées restent seuls dans le bus, c'est comme si tous avaient retrouvé leur souffle, ils haussent la voix parlent librement et sans embarras, et l'on n'entend plus un mot d'italien. La langue de ces gens c'est un frioulan naturel, confiant et coloré ; c'est une musique riche de toutes les inflexions et intonations de chaque vallée, ville et lieu. Pour ceux qui aiment ces choses, la langue est intéressante, une vraie source de questions. Des mots rares, des expressions nouvelles, des trames de discussion fraîches et pertinente, des exclamations inattendues ne cessent de fuser. Ces mêmes hommes, femmes et enfants qui semblaient empêtrés ans un fourré de ronces quand ils parlaient italien, chantent dans leur langue comme des moutons courent dans un près.
S'al capite di fâ il viaz de ledrôs – de perifarìe in zitât – ancje il gambiament de lenghe al sozzêt al incontrari. La int, che in partenze 'e fevelonave cence riuarz tal so lengaz, par ordin che si vizìnisi al capolûc e che mòntin sù chei dai paisòz centrai, si cujete, si spaurìs, 'e disbasse la vôs, 'e tache a piconâ par talian: talian paralitic, bastart, mostruôs, talian ch'al fâs dûl ai clas. I furlans 'e àn pôre di jessi ridûz e cojonâz se fevèlin a lôr mût; 'e àn pôre di semeâ sclapezòcs, int indaûr e ignorante, di fâ brute figure, di fâsi ridi in ghigne. Invezzi 'e devèntin pardabon ridicui fasìnt in cheste maniere. Se vèssin il spirt di stâ sul lôr jessi, di mostrâsi ce che son, di fevelâ a muse viarte, cun francjezze e cun disinvulture, il lengâz imparât di lôr mari, nissun ju cjolares pal cûl, nissun vares nuje ce dî, nissun si dares di maravèe, nissun olsares nancje fâ bocje da ridi, fûr di qualchi biât dordel, ignorant e curt di comprendoni che nol merte nancje cjalât in muse. E cheste disgraziade mentalitât, ce in tune maniere ce in chealtre, la mòstrin squasi duc', ancje chei di zitât, ancje chei plui dispatussâz, plui inscuelâz e plui sigûrs di sè: tal discori, tal resonâ, tes impinions e tal mût di fâ e di cumpuartâsi.
Si, par hasard vous faites le chemin de retour, des banlieues vers la ville, le changement s'opère en sens inverse. Ceux qui , au départ, parlaient librement leur langue se calment, baissent la voix et commencent à murmurer en italien au fur et à mesure qu'ils s'approchent de la capitale et que montent dans le bus les gens de la ville. Leur italien devient paralysé, bâtard, monstrueux, un italien qui ferait pitié à des pierres ! Les frioulans ont peur d'être ridicules et d'être moqués s'ils parlent leur langue. Ils ont peur de paraître grossiers, ignorants et attardés, et pour le dire simplement, ils ont peur que l'on rie d'eux. C'est alors qu'ils deviennent ridicules, en faisant ce qu'ils font. S'ils avaient le courage d'être eux-mêmes, de se montrer tels qu'ils sont, et de parler ouvertement, franchement et naturellement la langue qu'ils ont apprise de leurs mères, personne ne se moquerait d'eux ou n'aurait son mot à dire, personne ne serait surpris ou n'oserait seulement rire, à l'exception de quelques pauvres ignorants, étroits d'esprit, qui ne méritent pas qu'on leur prête attention. Malheureusement, d'une manière ou d'une autre, presque tout le monde partage cette mentalité exécrable, que ce soit parmi les gens de la ville ou parmi les plus émancipés, les plus éduqués; les plus confiants... cela émerge de leurs conversations, de leurs pensées et de leurs opinions, aussi bien que de leurs actes et de leur manière d'être.
Cuintri di cheste debulezze noaltris 'o scombatìn dopo in ca, in dutis lis manieris, cu lis peraulis e cui faz: ‘o cirìn di dismovi ta l’anime de nestre int un fregul di sigurezze, di francjezze, di muse rote, un fregul di dignitât e di cussienze etniche, un fregul di chel sintiment che i nostris viej ‘e àn simpri vût, fin quant ch'al è rivât chenti il talian a mortificânus e umiliânus cu la sô borie, cu la sô sbatule e cu la sô invadenze. Al è un lavôr intrigôs il nestri, ma necessari: fintremai che il furlan nol varà imparât a mostrâ la sô muse cence rispiet uman e cence deventâ ros, nol sarà madûr par governâsi di bessôl; e al sarà di bant pridicjâ autonomìis e imbastî statûz regjonai. L'autonomie si à di vêle prime di dut tal zerviel e ta l’anime e dopo si podarâ pratindile tes lez e tai ordenamenz.
Nous nous sommes battus contre ces faiblesses pendant des années de toutes les manières, avec des mots et avec des fais. Nous avons essayé de redonner à notre peuple un peu de sécurité, de franchise, de courage aussi bien qu'un peu de sens de la dignité et le sens de leur appartenance un peu de ce sentiment qu'ont eu nos aînés depuis que les italiens sont venus pour nous mortifier et nous humilier avec leur arrogance, leur loquacité et leur indiscrétion. Notre tâche est difficile, mais tant que les frioulans n'apprendront pas à relever le visage sans rougir et sans ressentir du respect, ils ne seront pas murs pour se gouverner, et il sera inutile de parler d'autonomie et de rêver d'un statut régional. Nous devons d'abord inventer l'autonomie dans nos têtes et nos cœurs, et de là nous pourrons la demander dans nos lois et règlements.
Josef Marchet (magazine “Patrie dal Friûl”, 1947)
Traduction : Léa Bodossian

03. Description linguistique

Le frioulan est une langue romane, actuellement parlée par près de 430 000 personnes dans le Frioul, une région du nord Est de l'Italie, à la frontière avec l'Autriche et la Slovénie. Ces 430 000 personnes représentent près de 60% de la population. De plus, de nombreux frioulans sont éparpillés au travers du monde ont continué de pratiqué la langue afin de ne pas oublier leurs origines et leur culture. Cette langue remonte au XIIIeme siècle et trouve ses caractéristiques propres à la fois dans l'évolution du latin et dans les influences des langues slaves et germaniques voisines. Le Frioul a toujours été une région-frontière et, en tant que telle, a été au cours des siècles une terre d'invasions et de conquêtes. La langue présente de nombreuses similitudes avec les dialectes ladins parlés dans le canton suisse des Grisons et à Belluno. Le tableau suivant montre clairement que le frioulan est influencé par ces trois groupes de langues, mais qu'il conserve sa propre individualité.

FRIOULANLATINITALIENSLOVENEALLEMAND
MiluçMalummelaJabolkoApfel
MêsMensismeseMesecMonat
VieliVetusvecchioStarAlt
JessiSumessereBitiSein

Ce caractère propre est marqué par des traits grammaticaux distincts , une génèse historique différente de celle des autres langues, une tradition littéraire qui remonte au XIVème siècle et qui a perduré jusqu'à aujourd'hui, un corps linguistique qui est resté le même malgré de nombreux rajouts, et la conscience qu'en ont ses locuteurs.

La loi régionale qui protége le friulan remonte à 1996, et en 1999 le friulan a été reconnu par le gouvernement italien. Il permet désormais au frioulan d'être utilisé dans les administrations, à l'école, et comme moyen de communication.

04. Dessin animé

LA MARIUTINE storiute contade in furlan
Dessin animé · 5 min 36 s · chaîne : CARTONI ANIMATI di Donatella Stocco · YouTube

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